Modeler : « resculpt » et création de « drastic »

Modeler : « resculpt » et création de drastic


Parfois, une figurine ne suffit plus. On a une idée bien précise en tête : une attitude, une expression, un cheval qui sort du lot. Quelque chose qu’on ne trouve pas tout fait dans le commerce.
C’est là que naît l’envie d’un drastique.

Créer un modèle unique, c’est affirmer sa vision. C’est sculpter ce qu’on ne voit pas encore. Modifier une encolure, changer une pose, transformer une race… Le modelage permet de donner vie à une idée originale, une pièce qui ne ressemble à aucune autre.

Pas besoin d’un diplôme de sculpteur ni d’un atelier de cinéma : avec les bons matériaux, un peu de méthode et beaucoup d’observation, tout le monde peut s’y essayer.

Et c’est justement ce qui rend cette technique si passionnante.


Cheval "drastic" en modélisme équin

Qu’est-ce qu’un drastique ?

En modélisme équin, on parle de « drastique » dès qu’une figurine est modifiée de façon significative. C’est un mot un peu impressionnant pour dire une chose simple : le cheval change de forme. Il bouge une jambe, tourne la tête, baisse l’encolure… ou carrément change de race ! Le but ? Créer une pièce unique, plus fidèle au réel, ou tout simplement exprimer une idée précise.


👉 Le remodelage simple : Ce sont des petites modifications ciblées. Par exemple : affiner une tête, rectifier une encolure trop courte, retoucher les aplombs ou ajouter des veines. Ce travail reste discret, mais il améliore nettement le réalisme. C’est souvent par là que l’on commence.

👉 Le drastique complexe : Ici, on entre dans le gros œuvre. On coupe, on démonte, on re-sculpte entièrement certaines parties, voire la totalité de la figurine. Un cheval debout peut finir en plein galop. Un poney Shetland peut devenir un Pur-sang arabe. Il ne reste parfois plus grand-chose du modèle d’origine… sauf l’inspiration de départ.

Le point commun entre les deux ?
C’est toujours un savant mélange de sculpture, d’observation et de patience. Le modéliste devient un peu vétérinaire,un peu maréchal ferrant, un peu éleveur, un peu ostéopathe… et beaucoup artiste…


Resculpt des crins sur une résine d'artiste

Les bases du modellage

Sculpter un cheval miniature, ce n’est pas simplement ajouter de la pâte ici ou là. C’est recréer des formes vivantes, des mouvements crédibles, et surtout : du volume juste. Le modellage repose sur un sens aigu de l’observation et une bonne connaissance de l’anatomie équine.


🐎 Les proportions : Chaque race a ses spécificités. Un Frison n’a pas la même encolure qu’un Arabe. Un yearling n’a pas les mêmes proportions qu’un adulte. Respecter ces différences, c’est ce qui donne de la crédibilité à une figurine modifiée. Le plus simple est de travailler avec des photos, voire avec des grilles de proportions, il existe un certains nombre d’ouvrages spécialisés. L’œil s’habitue vite, mais les références restent les meilleures alliées du modéliste.

👀 L’art de bien observer : Avant même de toucher à la figurine, on observe. On analyse les poses naturelles, les aplombs, les zones de tension musculaire. On repère les asymétries, les détails anatomiques, les transitions entre les parties du corps. Le modellage, c’est un travail de traduction : on transforme une vision réelle en volume miniature. Et plus l’observation est fine, plus la sculpture est juste.


Apoxie Sculpt : 2 pots

Quelle matière utiliser ?

Quand on se lance dans le modellage ou un drastique, mieux vaut bien connaître ses matériaux. Tous ne réagissent pas pareil, ne se travaillent pas de la même façon, ni au même rythme. Et certains font de vrais miracles… une fois qu’on les a domptés !


🧱 Les pâtes à sculpter : Elles sont les stars du drastique. On les utilise pour rajouter de la matière : muscles, détails, volumes entiers. Elles durcissent au bout de quelques heures, ce qui laisse un temps de travail raisonnable. Ces pâtes sont bicomposantes : on mélange deux parts égales, et c’est parti. Une fois durcies, elles se poncent, se sculptent à sec, se percent… et tiennent dans le temps.

  • Apoxie Sculpt : facile à lisser à l’eau, très adhérente, bonne solidité. Un grand classique.
  • Milliput : plus fine, elle permet des finitions très propres. Un peu plus cassante si trop fine.
  • Magic Sculpt : lisse, souple, parfaite pour les petits détails.

⚠️ Attention à la compatibilité des matériaux : Une pâte à sculpter n’est pas une simple pâte à modeler. Ce sont des produits à réaction chimique : une fois les deux composants mélangés, une transformation s’opère… et ce n’est pas anodin. Il est donc essentiel de réfléchir à ce sur quoi on applique la pâte. Plastique, résine, métal, apprêt : chaque matériau a ses propriétés, et tous ne réagissent pas pareil au contact d’un produit actif.



Même si certaines pâtes comme l’Apoxie Sculpt sont réputées stables, aucune garantie à 100 % n’existe sur le très long terme, surtout si elles sont en contact direct avec des matériaux sensibles. Mieux vaut :

  • Travailler sur des surfaces propres, légèrement poncées
  • Éviter d’enfermer des bulles d’air ou des résidus chimiques
  • Tester les compatibilités quand on travaille un matériau peu courant

Le but n’est pas d’avoir peur, mais de rester vigilant : le travail de custom, c’est aussi de la chimie miniature !


Armatures métalliques lors de la création d'un drastic

Renforts et armatures

Quand la figurine change de pose — ou de caractère ! — il faut souvent revoir toute la structure interne. Surtout si on attaque un cabré, une jambe en l’air, ou une encolure qui se tord élégamment. Sans un bon squelette, tout s’effondre… ou se fissure avec le temps. Il est indispensable de créer des armatures ou des renforts, le plus souvent à l’aide de fil métallique plus ou moins rigides : insérées dans les deux morceaux à assembler ( pour assembler une jambes ou une nouvelle queue… ) ou créer un support sur lequel reposera le nouvel élément ( comme une encolure entièrement refaite ).


Les indispensables :

  • Fil de fer épais : parfait pour créer une base flexible mais solide (attention à ne pas trop le tordre une fois la pâte posée).
  • Tiges en laiton : plus rigides, idéales pour les jambes portantes ou les connexions critiques.
  • Épingles ou aiguilles de couture : discrètes et efficaces pour renforcer un assemblage ou guider une jonction fine.
  • Le papier alu : il permet d’économiser la quantité de pâte de modelage et d’alléger le poids de la figurine en servant de support sur lequel on viendra fixer la pâte.


Astuce modélisme équin

L’astuce magique : superglue + bicarbonate

Voici un duo que beaucoup de modélistes adorent :

  1. On dépose une goutte de superglue (cyanoacrylate)
  2. On saupoudre un peu de bicarbonate alimentaire dessus

💥 Résultat : un mortier ultra-solide qui durcit instantanément !

C’est parfait pour combler un petit trou, renforcer une jonction, ou fixer une armature avant de sculpter. Mais attention :

  • Ça chauffe légèrement à la réaction
  • Ça colle TOUT en quelques secondes (vraiment tout)
  • Et une fois durci, c’est aussi dur qu’un caillou

À manier avec soin, gants et masque OBLIGATOIRE.

Matériel d'application des produits de rebouchage pour les étapes de la prep en modélisme équin.

Quels outils ?

On peut faire beaucoup de choses avec dix doigts… mais un bon outil, ça change la vie. Le modélisme équin ne demande pas un atelier entier, mais certains ustensiles deviennent vite indispensables pour sculpter, lisser, couper, poncer ou tout simplement ne pas perdre patience.


🛠️ Les outils de base

  • Scalpel / X-Acto : pour couper net, gratter, ajuster. Lame fine et précise. À manier comme un chirurgien (et avec prudence).
  • Cure-dents et outils de dentiste : parfaits pour sculpter des détails, pousser la pâte ou creuser des mini volumes.
  • Outils gomme (ou pinceaux silicone) : idéals pour lisser la pâte sans traces, fondre les raccords, et modeler avec douceur.
  • Outils de modelage pour argile : en bois, très doux
  • Outils de modelage en métal : en forme de boule, de pointe etc…
  • Papier de verre / limes fines : pour les finitions après séchage. On commence toujours par du grain fin, jamais trop agressif.
  • Mini-perceuse / Dremel : pour percer les tenons, creuser un peu, ou poncer doucement des zones précises. À manier avec doigté, surtout sur des pièces fragiles.

Les petits plus qui font la différence pour un drastic réussi !

  • Superglue + bicarbonate : (oui, encore eux !) Pour consolider un assemblage ou créer une base solide très rapidement.
  • Alcool isopropylique / eau + savon : pour nettoyer les outils et lisser la pâte pendant le travail.
  • Chauffe-mains ou lampe chauffante : utile pour accélérer le durcissement des pâtes époxy en hiver.

Alerte produit toxique

🧯 Pause sécurité : les bons réflexes à adopter

Le modélisme équin, c’est un loisir créatif, pas un sport extrême. Pourtant, entre les scalpels, les poussières, les colles et les pâtes à réaction chimique, quelques précautions de base évitent bien des désagréments.


🧤 Se protéger sans gêner :

  • Gants en nitrile : utiles pour manipuler les pâtes époxy (certaines peuvent irriter la peau à la longue), la superglue ou les solvants.
  • Masque anti-poussière : indispensable quand on ponce. Les résines et plastiques dégagent de fines particules qu’on n’a pas envie de respirer.
  • Lunettes de protection : vivement recommandées si on utilise une mini-perceuse ou si on ponce à la Dremel. Un éclat dans l’œil, et c’est direction ophtalmo.

🌬️ Aérer :

Les colles cyanoacrylates (type superglue), les solvants, les polymères, les pâtes bicomposant ou les produits de nettoyage dégagent des vapeurs parfois toxiques. Toujours travailler dans un endroit bien ventilé, ou avec un petit extracteur d’air si l’atelier est fermé.


🔪 Prudence avec les outils tranchants !

  • Travailler avec des lames bien fixées
  • Toujours couper loin de soi
  • Ranger les outils coupants dans une boîte (et pas au fond du tiroir entre les trombones)
  • s’équiper de gants anti-coupure

☣️ Manipulation des produits dangereux :

  • Lire les étiquettes : certaines pâtes ou colles ont des pictogrammes qu’on ne met pas là pour faire joli.
  • Ne jamais mélanger des produits « au pif » : une réaction chimique incontrôlée, ce n’est pas très créatif.
  • Ne pas manger à côté de son espace de travail. Le sandwich au jambon mariné à la poussière de résine, c’est non.

Techniques de base pour se lancer

Le secret d’un bon drastique, ce n’est pas un matériel hors de prix ni un diplôme de sculpteur. C’est de comprendre comment travailler la matière, et dans quel ordre. Un peu de méthode, un soupçon d’audace, et c’est parti.


➕ Ajouter de la matière

La base du modellage, c’est souvent d’ajouter : muscles, veines, crins, corrections d’aplombs, changement de pose… Pour cela, on utilise les fameuses pâtes époxy (voir partie 3), à appliquer en petites quantités.

  • Toujours préparer la surface : légère griffure au papier de verre + nettoyage à l’alcool = meilleure adhérence
  • Appliquer la pâte en fines couches : mieux vaut faire plusieurs passes qu’une grosse patate impossible à modeler
  • Travailler humide : l’eau (ou l’alcool isopropylique) aide à lisser, fusionner, sculpter tout en douceur
  • Penser structure : d’abord le gros volume, ensuite les détails (et pas l’inverse)

➖ Enlever de la matière

L’autre face du travail, c’est la retrait de matière. Poncer un excès, affiner une zone, creuser un emplacement pour une future articulation, ou carrément couper une jambe (dans les règles de l’art, bien sûr).

  • Cutter, scalpel ou mini-scie pour les découpes nettes
  • Papier de verre, limes ou Dremel pour affiner ou poncer
  • Fraises de précision pour creuser sans tout massacrer

⚠️ Toujours tester sur une zone peu visible avant d’attaquer en plein milieu de la croupe. Certaines résines sont cassantes ou imprévisibles à la coupe.


oups

Les erreurs à éviter

Même avec les meilleures intentions (et le meilleur matériel), quelques pièges attendent les modélistes, débutants comme confirmés. En avoir conscience, c’est déjà les éviter. Et si on y tombe… eh bien, c’est aussi comme ça qu’on apprend !


🏃 Aller trop vite : Le modellage, c’est un travail de patience. On veut souvent tout faire en une séance : couper, recoller, sculpter, poncer, peindre… Résultat ? Ça ne tient pas, ça fissure, ou ça perd en finesse. Mieux vaut avancer par étapes, en laissant le temps à chaque phase de sécher, durcir, être corrigée.


🔍 Travailler sans références : Un cheval, c’est complexe. Tenter de remodeler une jambe ou une tête « de mémoire », c’est risquer le cheval qui ne passe pas la visite véto. Même les artistes les plus expérimentés utilisent des photos, des schémas anatomiques, voire des modèles vivants. Mieux vaut trop de références que pas assez. Et les vidéos au ralenti sont de vraies mines d’or pour comprendre les mouvements.


🧱 Mettre trop de matière d’un coup : Travailler en couches fines permet de corriger facilement, de lisser proprement, et d’ajuster le volume petit à petit.


🔄 Oublier la logique anatomique : Avant toute transformation, visualiser l’ensemble du mouvement, pas juste le détail à modifier. Modifier la position d’un membre sans toucher au reste du corps, ça donne souvent un cheval « cassé ». L’anatomie équine est une chaîne de mouvements interconnectés. Si une patte se lève, l’épaule bouge, le dos s’adapte, l’encolure suit.


🧪 Négliger les temps de séchage ou les compatibilités : certains matériaux réagissent, se contractent, ou deviennent instables s’ils sont mal utilisés. Coller sur une pâte pas encore sèche ? Travailler dans le froid ? Tout ça peut provoquer des surprises (et pas des bonnes). On respecte les temps de prise, on travaille dans un environnement stable, et on teste quand on a un doute.


Inspiration et respect des créations

Observer ce que d’autres modélistes font est une excellente manière d’apprendre. Mais comme dans tout domaine artistique, il existe des règles implicites de respect entre créateurs. Et elles sont essentielles pour que la passion du modélisme équin reste un terrain de partage, pas de conflit.


🧠 S’inspirer, oui — copier, non

S’inspirer, c’est enrichir son regard. C’est analyser une pose, une manière de traiter un muscle, un rendu d’encolure… Mais reproduire une création existante, sans autorisation ni mention, ce n’est plus de l’inspiration : c’est du plagiat. Deux artistes peuvent très bien partir de la même photo de référence, ou vouloir recréer la même pose naturelle : un cheval qui cabre, une allure bien précise, une attitude typique… C’est tout à fait légitime.
Mais personne ne doit prendre une œuvre existante comme modèle unique, en la recopiant trait pour trait.

✍️ Toujours créditer le travail des autres

Lorsqu’on modifie un modèle existant, il est important de mentionner clairement le travail de chacun. Par exemple :

  • « Sculpture originale par X, drastique réalisé par Y »
  • « Customisation à partir d’un moulage de Z »

Ces informations permettent de reconnaître le travail en amont, et de situer ce que l’on a vraiment modifié.
C’est aussi une marque de respect vis-à-vis des artistes et sculpteurs dont on utilise les œuvres comme base.

📚 Multiplier les références, pas les copies

Il est toujours préférable de travailler à partir de plusieurs sources : photos, vidéos, croquis, observations sur le vif. Cela permet d’éviter de s’enfermer dans la vision d’un seul artiste, et surtout, de développer sa propre interprétation du cheval.

Et c’est là que réside toute la richesse du modélisme équin : dans la diversité des approches, la personnalité du geste, et la liberté créative… tant qu’elle respecte celles des autres.